28. juillet 2021

Personne vivant avec un handicap

Le vécu de Woba Badandi, étudiant en philosophie

Je suis de la région de l’Est, précisément de Tambaga. Pour parler de mon enfance, je remercie d’abord ma mère, parce qu’elle m’a mis au dos jusqu’à l’âge de 7 ans. A l’époque, il y a une blanche qui était venue au village au niveau d’un projet qui vise à aider les personnes vivant avec un handicap à Mahadaga dans la province de Logbo. Elle m’a pris pour m’inscrire à l’école et m’a soutenu jusqu’au CM2.
Au collège, j’habitais à environ un kilomètre et demi de l’établissement, donc je me débrouillais avec ma béquille pour y aller. De fois j’arrivais en retard, mais les professeurs aussi comprennent, vue mon état, ils m’acceptaient et me laissaient entrer.
Et après la 3e, quand j’ai repris la classe, la blanche a dit que vue mon âge, elle ne peut plus s’occuper de moi. C’est là que mes grands frères ont décidé de me soutenir. J’ai fait le lycée de Tambaaga, le lycée de Diapaga et j’ai fait Kamsari aussi. J’ai eu mon Bac à Kamsari. Et, jusqu’à présent ce sont les grands frères qui continuent de me soutenir.
Quand je suis arrivé à l’université ici, j’ai été logé en cités Universitaire. Dans la cité, le premier problème que j’ai rencontré, c’est le problème de déplacement.
Avant, les restaurateurs nous traitaient au même pied que les autres. En ce moment-là, ce n’était pas facile. Imaginez-vous une personne en situation de handicap dans un rang très serré, donc c’était vraiment compliqué. Il y a d’autres qui n’arrivaient pas à avoir de la nourriture parce qu’ils arrivaient souvent en retard à cause de leur handicap. Soit, quand tu arrives tu trouves que tes plats préférés sont finis. Cela constituait un véritable calvaire pour nous. Mais avec les luttes des uns et des autres, les étudiants en situation de handicap ne prennent plus le rang pour avoir à manger.
En dehors de la restauration, à l’université on rencontre pas mal de problème aussi. La première des choses, c’est que nous étudions dans des Amphi et il n’y a pas de rame d’accès pour permettre aux handicapés d’entrer facilement dans la salle.
Une personne dans notre situation qui va venir monter des escaliers pour suivre les cours c’est difficile. Et également il n’y a pas de place qui nous est réservée dans la salle.
Donc on se débrouille comme les autres, on n’a pas le choix.
Moi particulièrement, il arrive que des amis m’aident des fois à monter les escaliers en m’attrapant. Mais souvent je suis obligé de me débrouiller tout seul ma béquille.
A notre niveau, parlant de petit boulot quand on est confronté à des soucis d’argent on ne peut pas faire de “gombo”. C’est très difficile, Il est compliqué de trouver des employeurs qui acceptent recruter des personnes vivant avec un handicap pour un emploi.
Pour moi les autorités ne donnent pas le bon exemple. Si les autorités mêmes voient mal les personnes handicapées, les autres aussi ne vont pas nous considérer.
Au niveau des concours de la fonction publique, nous avons aussi des difficultés. Il y a des concours qui nous sont interdits. C’est le cas par exemple des corps (l’armée) et de l’enseignement, on nous prive même de l’enseignement. Tout récemment même, il y a un de mes camarades qui est allé déposer un concours de gestionnaire des hôpitaux et on a rejeté, que ce n’est pas possible. Nous sommes totalement marginalisés parce que là où on pouvait postuler, au moins on devait nous faciliter la tâche à cet endroit.
Sincèrement dit, moi ça me dégoûte ! La personne en situation de handicap devrait avoir sa place, c’est très important. On devrait nous soutenir moralement. Verbalement et théorique l’Etat dit qu’il soutient les personnes en situation de handicap, mais pratiquement rien. Une loi a été votée en 2010 à l’assemblée nationale, portant protection et promotion des personnes en situation de handicap. Dieu seul sait combien de sou rentre au Burkina Faso à cause de cette loi-là. Mais qui a déjà bénéficié de cette loi ? Personne! Il n’y a pas de financement, pas de soutien. On parle de 10% pour les handicapés dans la fonction publique et 5% pour le privé, mais jusque là c’est théorique seulement, ce n’est pas appliqué. On les a interpelés en vain, on fait des plaidoyers mais rien. Tout récemment on est allé voir le ministre de la fonction publique pour ça et il nous a dit qu’il ne peut pas appliquer ce quota cette année. Mais qu’ils le feront sur mesures nouvelles pour ceux qui ont des diplômes professionnels, mais combien de handicapés ont cette chance là d’aller faire des formations professionnelles ?
Nous n’avons pas d’argent, comment faire pour s’inscrire dans une école professionnelle ? Ce n’est pas facile. Je suis frustré parce que les conditions de vie de la personne handicapée au Burkina ne fait que s’empirer.
Dans les familles burkinabé avoir une personne en situation de handicap est considéré comme une malédiction. C’est le cas par exemple de la région de l’Est. Moi je suis de l’Est, précisément de Tambaaga, donc je sais de quoi je parle. Sincèrement dit, tu ne comptes même pas ! Car tu ne peux rien faire. Si tu as eu la chance d’aller à l’école c’est tant mieux.
Donc dans la société de façon générale la personne en situation de handicap est marginalisée.
Il faut que les gens de notre entourage nous écoutent, qu’ils nous considèrent car, ce n’est pas pour me vanter, nous avons aussi des idées. Il y a un de mes grands frères en situation de handicap du nom de Traoré qui avait dit que «quand une partie de ton corps est paralysée, ça développe une autre partie ». (Rire…) c’est pour dire que tes autres membres fonctionnent normalement.
Moi j’ai beaucoup de projets en tête. Quand je songe à mes camarades qui vivent avec un handicap et qui n’ont pas été à l’école, je demande au bon Dieu de medonner les moyens pour réaliser des projets pour eux. Je rêve créer des centres de formations pour ces personnes qui n’ont pas été à l’école. Cela pour qu’ils puissent apprendre quelque chose afin de se prendre en charge ainsi que leurs familles.
C’est très important de créer des écoles même pour eux. Mais malheureusement personne ne va me soutenir pour la réalisation de ces projets.
Au niveau des autorités, on dit souvent “on ne peut pas réveiller celui qui ne dort pas”, elles savent ce que nous vivons au quotidien. Mais le handicap n’est pas quelque chose qu’on va acheter au marché. Il faut que les gens se mettent en tête que tout le monde peut devenir des personnes en situation de handicap à tout moment. Toi qui es là, tu peux devenir, “hic et nunc” (tout de suite et maintenant), une personne en situation de handicap. Donc il faudrait d’abord que les gens songent à cela et apprennent à respecter les personnes vivant avec un handicap.
Les droits des personnes en situation de handicap doit être appliqué. Même moi qui parle, leur handicap peut être plus lourd que le mien. Il faut que les gens sachent qu’il n’y a personne qui souhaite vivre avec un handicap de même il n’y a personne qui soit à l’abri d’un accident.

Par Noufou OUEDRAOGO


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