20. octobre 2021

Et si votre enfant devenait bonne... - L'Œil des jeunes

Début février 2004, les médias (télévision, journaux,…) présentaient à la face de leurs publics un enfant portant sur son dos des stigmates d’un châtiment exemplaire” de la part de sa tante. C’est du reste le même scénario vécu par la petite Téné au secteur 30 de Ouagadougou, qui pour deux manquants lors des ventes a dû être corrigée.
Cette dernière a eu plus de chance que les autres car combien sont-elles ces nombreuses aide-familiales qui vivent en silence, loin des yeux et des oreilles indiscrets les pires formes de maltraitance de leur tante, leur patronne, …
Le phénomène d’aide familiale s’est développé à la faveur de la levée de barrières sexistes qui mutinaient la femme au rôle domestique. S’il est vrai que c’est une situation qui ne concerne pas que les jeunes filles seulement, il faut admettre qu’elles sont les plus nombreuses à travailler dans des foyers.
Selon ED.S 98/99, au Burkina Faso, 51,7% des enfants de moins de 14 ans exercent une activité économique, souvent dangereuse pour leur santé physique et morale dans les domaines des travaux f domestiques, du secteur informel, de l’agriculture, de l’élevage, de l’orpaillage.
Travailler pour aider n’est pas mal en soi mais se faire exploiter économiquement et subir de mauvais traitements sont proscrits par les normes nationales et internationales. Un séminaire tenu à Arusha en Tanzanie en avril 1997 attirait d’ailleurs l’attention sur la distinction entre le travail autorisé, celui qui procure une formation et qui n’entrave pas l’éducation, l’épanouissement… et le travail interdit qui conduit à l’exploitation économique et aux mauvais traitements causés aux enfants. Le travail fourni par ces aide familiales n’est de commune mesure avec la valeur de leur traitement salarial qui est estimé entre 2500F et 10.000F CFA.
Fati est partie de son village à l’âge de 7-8ans pour venir à Ouaga. Les trois premières  années, je faisais les travaux ménagers : je balayais la cour, lavais les assiettes, préparais le tôt et je m’occupais du bébé”
Quand Fati a eu 10 ans, sa cousine lui a confie un petit commerce de fruits et légumes. Pour commencer Fati lui a remis 1000F et sa cousine lui a donné 25F sur cet argent qu’elle à gagné. “Je commence ma journée très tôt ; je me lève à 6h, balaie la cour et lave les plats.
Ensuite je cuis mon igname et à 8h, quand tout est fini, je pars vendre. Je rentre à midi pour manger et recommencer à faire d’autres petits travaux jusqu’à 17h.
Pendant ce temps, je pose la marchandise devant la porte que je surveille.” Sidwaaya dans l’une de ses livraisons, à mis à nu un autre drame que vivent ces aides familiales. Quand elles ne sont pas accusées d’incompétences, elles sont taxées de “voleuses de mari”.
Pourtant, est-ce leur faute quand des hommes se sentent attirés vers elles ou veulent “profiter d’elles” ?
“Je m’appelle DF. J’ai 18 ans. J’ai travaillé comme bonne chez une femme. Son mari me faisait la cour mais je ne voulais pas. Il m’embêtait chaque fois dans la maison quand sa femme n’est pas là et je n’acceptais pas. Je ne voulais rien dire à sa femme pour ne pas être source de leur mésentente. Une nuit, sa femme l’a surpris dans le couloir de la maison pendant que tout le monde dormait. Elle a fait des histoires parce qu’elle a cru que son mari venait dans la chambre où je dormais. Il a nié, mais les deux se sont chamaillés toute la nuit. J’ai perdu mon travail parce que dès le lendemain matin la femme m’a demandé de partir de la maison. J’ai quitté la maison, ne sachant où aller” En attendant qu’un jour on édifie des règles devant veiller sur ces emplois, chacun devrait réfléchir à la condition qu’il aurait voulu si sa fille devrait être une aide familiale.

Clément Bihoun

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