29. juillet 2021

PROFESSION : Serveuse de bar

Le métier de serveuse de bar est vu par beaucoup de personnes comme un métier mal propre. C’est pourquoi nous nous sommes intéressé à cette vie.

Voici l’interview d’une serveuse qui exerce ce metier dans un des maquis de la ville de Ouagadougou. Elle se nomme Falonne. lisez son témoignage.

L’oeil des jeunes : Peux-tu te présenter aux lecteurs ?

Falonne : Je me nomme Falonne, serveuse de bar, je suis de nationalité Béninoise, 23 ans sans enfant.

 L’oeil des jeunes : Pourquoi es-tu venu au Burkina Faso et comment es-tu devenue serveuse ?

Falonne : J’ai quitté le lycée à ma 5ème et je suis allé suivre une formation en couture et après ma formation je voulais ouvrir mon atelier mais par faute de moyens j’ai accepté l’offre d’un Burkinabé qui était de passage au Bénin qui m’a dit que je gagnerai beaucoup d’argent en venant travailler dans un bar a Koupela donc je savais que je serai serveuse au Burkina Faso.

L’oeil des jeunes : Ta famille est au courant que tu es serveuse dans un bar au BF ?

Falonne : Non, mon père est décédé, ma mère n’est pas au courant parce que si elle le savait, elle n’aiiait pas accepter ma venue. Seul ma soeur est au courant. A ma mère, je lui ai dit que j’aidais quelqu’un dans son atelier de couture.

L’oeil des jeunes : Comment tu trouves ce métier ?

Falonne : Ce métier est dur parce qu’on est moins respecté. J’ai fait 8 mois à Koupela avant de venir à Ouagadougou. Vraiment il faut du courage, certains clients partent sans payés leurs factures et on coupe ça sur ton salaire. Même entre nous, le courant ne passe pas à tout moment.

L’oeil des jeunes : Es-tu déçue du métier ou ça va ?

Falonne : Je suis déçue parce je n’avais jamais fais ce métier avant. Donc je l’ai trouvé très difficile.

L’oeil des jeunes : Pendant combien de temps fais-tu ce métier ?

Falonne : Cela fait 2 ans.

L’oeil des jeunes : Tu as commencé à Koupela, pourquoi es-tu venue à Ouagadougou ?

Falonne : Là-bas c’est par bouteille qu’on me payait et la bouteille faisait 20f. Comme j’aime travailler, je pouvais gagner entre 20 000 et 25 000f CFA par mois. Au fur et à mesure le patron diminuait mon salaire. A un moment donné, je ne percevais que 7000f alors que selon mes calculs je devrais avoir 20 000f. J’ai demandé pourquoi, et le patron m’a répondu qu’il a coupé pour acheter les verres que les clients ont cassés. Je n’arrivais plus à payer mon loyer, ni mes factures d’eau et d’électricité, donc je suis parti.

L’oeil des jeunes : Et ici es-tu payé par jour ou par mois ?

Falonne : Par mois.

L’oeil des jeunes : Combien ?

Falonne : 16 500F CFA

L’oeil des jeunes : Arrives-tu à satisfaire tes besoins ?

Falonne : Non, pas du tout.

L’oeil des jeunes : Comment fais-tu alors ?

Falonne : Ici il y a ce qu’on appelle le bonus qui varie entre 2000 et 3000f qu’on ajoute à ton salaire si tu as beaucoup vendu dans le mois. Donc je travaille bien pour avoir ce bonus et il y a aussi les pourboires que certains clients gentils me donnent.

L’oeil des jeunes : Tu travailles tous les jours matin et soir ?

Falonne : Non, il y a deux groupes, par exemple notre groupe monte de 17h à 2h ou 3h du matin selon les clients pendant deux semaines et l’autre groupe de 10h à 17h et vice versa.

L’oeil des jeunes : Et que fais-tu de tes heures libres ?

Falonne : Rien du tout je me repose.

L’oeil des jeunes : Comment tu trouves les clients ?

Falonne : Certains clients sont gentils, ils me traitent bien, par contre il y en a qui partent sans payer leur consommation et qu’on est obligé de payer.

L’oeil des jeunes : Les clients te font-ils la cour ?

Falonne : Oui, il y en a qui mélange tout, un client peut avoir une copine dans notre groupe et une autre dans l’autre groupe. On fini par savoir et c’est la dispute entre nous, ils ne sont pas gentils.

L’oeil des jeunes : Beaucoup de gens ont des préjugés sur vous, qu’en penses-tu ?

Falonne : C’est vrai, ils disent que les serveuses ne sont pas sérieuses, mais moi je sais ce que je suis venue faire au Burkina Faso. Je ne suis pas venue à cause des hommes donc je ne mélange pas les deux.

L’oeil des jeunes : Vous êtes combien au total ?

Falonne : Nous sommes 27 dans notre groupe et l’autre groupe 27 aussi.

L’oeil des jeunes : Penses-tu te marier ?

Falonne : Oui, je veux bien me marier mais pour le moment je cherche à ouvrir mon atelier parce que je me dis que je pourrai aider mon mari financièrement et m’occuper de mes enfants.

L’oeil des jeunes : A un Burkinabé ?

Falonne : Pourquoi pas, c’est Dieu qui décide, je ne refuserai pas si je croise un Burkinabé gentil, d’ailleurs mon copain est un Burkinabé.

L’oeil des jeunes : Accepte t-il ton métier ?

Falonne : Oui, il a accepté mon métier et m’aide à sa façon.

L’oeil des jeunes : Quand on te regarde, on est tout de suite frappé  par ton teint noir, pourquoi tu n’as pas utilisé les produits pour t’éclaircir la peau comme c’est le cas de

beaucoup de tes camarades ?

Falonne : Ca ne m’intéresse pas du tout, et beaucoup de gens apprécient mon teint, il trouvent que je suis belle comme ça, donc ça me plait.

L’oeil des jeunes : Il y a des Burkinabé parmi vous ?

Falonne : Oui, mais pas beaucoup, la majorité est Togolaise et Béninoise.

L’oeil des jeunes : Tantôt on parle du comportement des clients et votre patron, comment se comporte t-il avec vous ?

Falonne : Le patron est gentil, il nous comprend. Tout dernièrement je suis tombée malade et je n’avais pas d’argent, il m’a prêté de l’argent pour que je puisse acheter les produits.

L’oeil des jeunes : Si ta fille voulait faire ce métier accepterais-tu ?

Falonne : Jamais, parce que je souffre dedans, récemment j’ai appelé au Bénin et ma soeur me dit qu’elle veut venir mais j’ai refusé. Elle fréquente et je compte la pousser jusqu’au bout, je n’accepterai pas que ma fille ou ma soeur fasse ce métier.

L’oeil des jeunes : Ta souffrance est physique ou morale ?

Falonne : Les deux, je peux travailler toute la journée sans gagner 5f et pour rentrer il me faut emprunter 200f à la caisse pour prendre le taxi. Le manque de respect des uns et des autres qui partent sans régler leur facture. Ca ne marche plus non plus comme avant parce que les nouveaux maquis ont pris certains de nos clients.

L’oeil des jeunes : Il y a des femmes mariées parmi vous ?

Falonne : Oui, des Togolaises qui ont laissé mari et enfants pour venir chercher de l’argent.

L’oeil des jeunes : Comptes-tu repartir au Bénin ou rester au Burkina Faso pour ouvrir ton atelier de couture.

Falonne : Je préfère rester parce qu’au Bénin il y a suffisamment d’atelier de couture.

L’oeil des jeunes : As-tu un bon souvenir depuis que tu travailles ?

Falonne : Oui, un jour un client m’a donné 5000f comme cadeau parce qu’il a trouvé que j’ai été gentille avec lui.

L’oeil des jeunes : Et un mauvais souvenir ?

Falonne : Je suis venue travailler toute la journée sans gagner 5f, à la descente je me suis rendue compte que j’ai perdu 3000f comme facture impayée, j’ai pleuré ce jour là et je voulais laisser ce travail.

L’oeil des jeunes : Que penses-tu de la vie ?

Falonne : Je trouve qu’elle est simple mais c’est les gens qui la complique et l’argent qui fait défaut.


A Propos de Nous

L’œil des jeunes, créé en 1998 est une association de jeunes spécialisée dans la documentation et la diffusion des résultats des organisations de la société civile. Sa démarche vise à : (i) Participer à la promotion et à la valorisation de l’action des associations et des ONG, (ii) Partager des expériences sur la vie associative, (iii) Valoriser le potentiel des jeunes.


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