18. septembre 2021

Le métier de Gynécologie - L'Œil des jeunes

La médecine est une science noble qui doit ses mérites à la qualité des hommes qui l’animent. Parmi ces derniers figurent en bonne place les gynécologues et obstétriciens qui n’ont pas toujours voix au chapitre car méconnus du grand public.

La médecine est une science noble qui doit ses mérites à la qualité des hommes qui l’animent. Parmi ces derniers figurent en bonne place les gynécologues et obstétriciens qui n’ont pas toujours voix au chapitre car méconnus du grand public. Afin de lever un pan du voile sur ce métier, I’ŒIL DES .JEUNES a tendu son micro au docteur OUEDRAOGO Charlemagne, gynécologue au centre médical avec antenne chirurgicale du secteur 30 de Ouagadougou, qui a accepté sans détour se prêter aux questions de la rédaction.

L’ŒIL DES JEUNES (LDJ) : En quoi consiste le métier de gynécologie

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : La gynécologie s’occupe des soins des organes génitaux féminins qu’ils soient normaux ou malades. Mais de par la formation, il faut savoir qu’on est à la fois gynécologue et obstétricien. L’obstétrique étant la science qui s’occupe de la grossesse de la femme, depuis sa conception jusqu’à l’accouchement et des suites de couches. Ce sont pour ainsi dire deux spécialités qui se complètent mais auxquelles on peut être amené à choisir en option de spécialisation plus poussée : on peut alors être un gynécologue tout simplement.

L.D.J. : Comment êtes-vous arrivé à ce métier ? 

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Même s’il est vrai, je n’en doute point, que j’ai été influencé par mes parents (ils sont tous, mon père et ma mère, infirmiers !), je vous apprends tout de même que, tout petit, je nourrissais l’ardent dessein de devenir un médecin. C’est à partir du lycée et à ma première année de formation en médecine que j’ai réalisé que ma vocation était tout autre car je me voyais vouloir m’occuper particulièrement de la femme. Moi, j’aime la femme telle qu’elle est et j’ai toujours voulu rendre service à toutes les femmes qui souffrent. J’ai alors changé d’orientation et opté pour ce corps médical. Pour être gynécologue, sans mentir, il faut aimer la femme en tant que femme, sinon on ne s’en sortirait jamais dans son travail.

L.D.J. : Parlez-nous de votre première expérience pratique.

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Elle a débuté peu de temps après, à partir de ma 2ème année d’études en médecine, lors des différents stages pratiques dans plusieurs services médicaux de la place auxquels nous étions soumis et à ma 4ème année d’études. Nous avons commencé à faire de la pratique en gynécologie et obstétrique dans les différentes maternités et à l’hôpital Yalgado où nous appris à examiner des femmes en grossesse et même à faire des accouchements. J’avoue très franchement que le début n’a pas du tout été facile, parce que nous étions en face de femmes toutes nues qu’il fallait suivre alors que nous n’avions pas encore cette force de caractère nécessaire qui permet de se maîtriser face à la vue des nudités féminines, de se dominer face à la tentation!

C’est avec le temps et l’apprentissage, qu’on fini par en être aguerri et arrivé à intégrer un certain nombre de principes qui forgent encore le caractère et permettent d’exercer son travail le plus correctement possible.

L.D.J. : Comment faites-vous pour vous maîtriser ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : En la matière, il n’y a pas de recette miracle autre que ce que je viens précédemment de vous dire : c’est par l’apprentissage bien fait qu’on réussi dans tout métier, il en est de même pour celui-ci. Dans le monde entier, il y a certainement des esprits pervers qui ont choisi de faire carrière dans la profession, mais ils ne le font pas bien contrairement à d’autres qui l’exercent avec passion et s’en sortent bien !

Pour un gynécologue, tout dépend de sa manière de voir la femme, de sa façon de percevoir son intimité ! Devant une femme nue, il ne s’agit pas de la percevoir comme un sujet objet de plaisirs sexuels, mais plutôt de la recevoir et servir comme « une valeur sûre à sauver », la personne, je dis bien la personne qui souffre et qui est venue demander des soins pour lesquels vous êtes obligés et tenus de les lui donner. Si cette distinction n’est pas faite, vous devenez un obsédé sexuel, c’est-à-dire que vous regardez toujours vos patientes avec beaucoup d’envies, comme des objets de plaisirs charnels.

L.D.J. : Ce n’est pas évident ce que vous dites là docteur ! Un homme en contact permanent avec les parties intimes d’une femme ne peut s’empêcher de…?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : (Rires) Vous n’êtes pas la première personne à m’interpeller sur cette réalité de notre métier ; beaucoup de mes patientes se sont souvent intéressées aux justifications de mon choix pour ce métier en m’interrogeant sur le fait si j’aurais encore envie d’une femme en travaillant comme gynécologue ! J’en pouffe de rire à chaque fois, car cette réalité est diversement appréciable ! Sa valeur ou son interprétation varie d’une personne à une autre. Pour ma part, je vous le répète, une telle réalité n’a jamais été une préoccupation qui entrave ou motive l’exercice de ma fonction depuis que je travaille ; j’ai toujours adopté dans l’exercice de ma fonction une attitude de normalité et non de dévergondage ou d’obsession pour le sexe : je vis cela tous les jours, ce sont des malades que je traite et non autre chose ! Imaginez le nombre et la diversité de femme que vous recevez tous les jours, si vous devez vous faire branler quotidiennement par toutes ces femmes, ça, ….je vous vois revenir de très loin ! Pour moi ce métier est une vocation ; j’ai choisi de travailler pour la femme. Je prends mon métier au sérieux : ça ne m’amuse pas du tout de voir ma patiente s’en aller insatisfaite. Nous savons ce que nous voulons en travaillant comme gynécologue et nous savons aussi faire la part des choses entre l’organe génital sexuel bien portant et celui qui est malade.

L.D.J. : Vous est-il déjà arrivé d’être courtisé par vos patientes ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Peu de gynécologues peuvent difficilement nié n’avoir jamais connu ou vécu de telles avances ; cela s’explique par le fait que dans les soins qu’on donne naissent un sentiment de sécurité entre le gynécologue et la patiente en très grande position de faiblesse du fait de sa maladie d’une part et d’autre part à cause du fait qu’elle est amené à se découvrir devant ce dernier, à lui révéler un pan de son intimité ! Et des patientes très fragilisées peuvent interpréter ce rapport comme des sentiments tout à fait personnalisés ( il me traite ainsi parce qu’il me veut, parce que,…. ) et avoir des sentiments passionnels pour vous auxquels vous ne vous attendiez même pas ou de vouloir ainsi vous remercier pour l’avoir soignée et sauvée la vie ! Ceci est normal et très courant dans ce corps de métier ! Mais, nous évitons toujours de succomber à ces avances car les risques sont énormes. Nous recevons une variété de patientes et en grand nombre tout le temps, autrement dit si vous commencer vous ne pourrez certainement pas vous en départir et arrêter ne serait-ce que par pur dégoût ! Vous ne pouvez pas vous mettre à satisfaire toutes les avances et plus vous ne pourrez pas et même jamais arriver à les satisfaire ou en être satisfait. Donc c’est mieux de rester sage, c’est difficile, mais il faut être fort pour surmonter ça ! Remarquez que ce n’est pas du harcèlement de la part des patientes quand elles agissent ainsi mais tout simplement la manifestation de sentiments de reconnaissance et de gratitude à l’endroit du personnel soignant qui serait dévoué pour la guérir.

L.D.J. : Etes-vous marié et est-ce vous qui……. ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Oui, je suis marié. Ma femme est dermatologue et nous avons deux enfants. Je la soigne très souvent. Elle vient me rendre visite parfois au bureau et je l’examine sur la même table comme toutes les autres femmes. Je lui fait son dépistage de cancer du col de l’utérus, etc. A son premier accouchement, c’est moi qui l’ai amenée à la maternité dans mon service ; je l’ai assisté et examinée jusqu’à ce que mes collègues de service en charge de l’accouchement soient venus prendre ma relève en me boudant un peu. Je peux même faire une césarienne à ma femme hein ! A ce niveau j’ai une capacité de maîtrise assez parfaite de mon être ; c’est comme cela même avec mes sœurs ; je consulte ma grande sœur et je lui ai déjà fait deux césariennes !

L.D.J. : Avez-vous déjà eu un problème avec l’époux d’une patiente ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Pas directement ! Vous savez, beaucoup d’hommes n’accompagnent pas leur femme en consultation. Sur cent femmes il y a peut-être deux ou trois qui sont accompagnées. Etant ainsi à l’écart, ils ne sont pas témoin et ignorent tout ce qui se passe autour de leurs épouses malades en soin de gynécologie. Moi par exemple j’ai pour habitude en ouvrant un dossier de laisser systématiquement mon contact à ma patiente pour lui permettre de me joindre quelque soit le moment si besoin oblige : et cette relation de presque grande complicité avec la femme peut être mal interprétée par son mari, particulièrement si la vie du couple bat de l’aile.

C’est normal et compréhensible, mais en vérité c’est simplement une relation professionnelle entre prestataire et patiente ! Tout compte fait, à mon niveau, jusque-là, aucun homme n’est encore venu me voir pour se plaindre de quoi que ce soit ! Ce sont les femmes qui, toujours m’apprennent du n’importe quoi de leur époux au sujet de mes prestations de service ! Ça n’a jamais affecté la qualité de mes prestations de service.

L.D.J. : Avec le temps, regrettez-vous d’avoir choisi ce métier ? Autrement dit referiez-vous la gynécologie si c’était à refaire ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Je me sens très bien dans ma profession. Si c’était à refaire, je ne penserai pas autrement que d’être un gynécologue qui exerce avec passion et dévouement son métier. Sur le plan professionnel c’est mon domaine de prédilection, là où je m’épanoui le plus et je pense que je suis fait pour ce métier !

L.D.J. : Vous avez combien d’années d’expérience ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : J’exerce cette activité depuis 1995 comme interne des hôpitaux à Yalgado puis comme Gynécologue obstetricien certifié depuis 2000.

L.D.J. : Quels conseils avez-vous à donner à vos petits frères qui aimeraient exercer ce métier ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : D’abord, il leur faudra aimer la médecine. Ensuite pour parfaire leur métier de gynécologue, il leur faudra avoir beaucoup de respect pour la femme, il s’agira par exemple de l’aimer et savoir l’aimer pour pouvoir mieux la traiter. Enfin, il leur faudra pouvoir faire la part des choses entre la femme désirable ou à désirer qu’on peut ou veut draguer et celle malade venue en consultation à qui le gynécologue consciencieux doit tout, même la vie ! Sans un scrupuleux respect de ces conditions il leur sera quasiment impossible de faire carrière dans ce métier.

L.D.J. : Votre vie en dehors du boulot ?

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Ecoutez, je vis comme vous, comme tout le monde. Plusieurs de mes patientes ont été surprises de me voir en boîte de nuit et j’en étais sidéré ! Je suis tout de même comme vous en dehors de mon métier, et j’ai le droit de m’amuser, de m’épanouir tout de même ! Donc, je vais au karaoké, et il m’arrive même de m’amuser à l’apprenti chanteur à travers quelques interprétations musicales.

L.D.J. : Votre dernier mot.

  1. Charlemagne OUEDRAOGO : Je remercie énormément toute l’équipe de « L’ŒIL DES JEUNES » pour m’avoir retenu pour animer cette interview ! J’espère seulement que mon intervention éclairera les zones d’ombres de ce métier et le fera mieux connaître pour lui valoir toute la considération et le mérite qu’il faut !

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